Illustrateur, auteur bd, et formateur, je présente ici des articles sur le dessin et la bande dessinée.
28 Juin 2008
Ah, l'encrage...
Beaucoup de travail en ce moment, et me voilà un peu éloigné du blog et de la réalisation de la bd. Je réfléchis beaucoup parallèlement sur mon encrage.
A ce propos, par rapport à l'école LIGNES ET FORMATIONS, j'ai réalisé l'ébauche d'un exercice d'encrage, car c'est une activité à part du dessin et qui est si importante.
Je vous propose une mise en ligne même si la mise en forme n'est pas définitive, ainsi que le fond d'ailleurs.
Vous trouverez ici un fichier zippé avec les images associées. Je serais reconnaissant aux élèves qui travaillent sur PC de me dire s'ils arrivent bien à décompresser les images.
N'hésitez pas à me faire part de vos remarques.
Je recopie le texte de l'exercice ici. A Bientôt.
Exercices sur l’encrage en Bande-Dessinée. Jean-Paul Aussel
En complément au cours sur la planche finalisée, voici quelques réflexions et exercices autour de la mise au propre d’une page de bd crayonnée.
Si au Japon et aux Etats-Unis, il est très fréquent que le dessinateur n’encre pas sa page lui-même, en Europe la pratique est beaucoup moins courante. Et les bédéïstes qui n’encrent pas eux-même ne le font que pour des raisons de rythme de production et jamais par incompétence.
Les outils en encrage ont évolué depuis les premières bd qui se devaient d’être strictement en noir et blanc pour des questions techniques. Parallèlement notre œil a évolué en se familiarisant avec des libertés graphiques tout droit venues des expériences picturales de la peinture.
Aujourd’hui, avec des travaux comme ceux présentés par la maison d’édition « l’Association », le travail d’auteur tels que Blutch ou Christophe Blain nous acceptons (et apprécions) de voir des encrages réalisés avec des stylos billes, des pinceaux irréguliers, des crayons épais, du lavis, etc. et présentant de nombreux « accidents » maîtrisés qui font partie du style de ces dessinateurs.
Mais que ce soit dans le cas d’un encrage « lisse » et classique, ou dans celui d’un trait plus « expérimental », il ne faut pas se leurrer : l’encrage est un NOUVEAU dessin, une deuxième vision de votre page. Vous pouvez égaler le crayonné, le valoriser …mais aussi lui faire perdre toute ses qualités de dynamisme, sa vie, sa subtilité !
Pour un dessinateur ou une dessinatrice, peu de choses sont aussi désagréables que réaliser un encrage décevant sur une page ou un dessin qui promettait beaucoup. Pour cette raison cela créé une appréhension au moment de passer à l’encrage. Nous sommes souvent pressés de passer à la mise à l’encre de chine, alors que la main ne passe pas si facilement du crayon et de son utilisation dynamique, à la délicatesse que demande un pinceau ou une plume.
Afin de diminuer ce stress, je vous propose des exercices que vous n’effectuerez pas sur vos originaux. L’encrage est une activité à part. Presque un art martial ! L’entraînement est donc capital.
Relisez la leçon 3 dans le manuel « Création d’un BD - La planche dessinée » et les quelques conseils suivants.
• Visez toujours avec l’œil le point d’arrivée d’un trait que vous tracez, plutôt que l’emplacement de votre outil d’encrage (pinceau, plume, feutre, etc.), le trait aura plus de chance d’être fluide et non tremblant.
• Inversement si vous désirez apporter une certaine vibration à vos traits, pratiquez un encrage lent. Hergé procédait ainsi car il ne désirait pas que son dessin soit si lisse que ça.
• N’oubliez pas que les encrages sont pratiquement toujours réalisés à un format bien supérieur à l’original imprimé : au moins 200%, c’est ce qui permet une finesse dans les détails, et ce qui lisse les irrégularités. Utilisez un « œil de vieux » (une lentille qui réduit ce que l’on regarde), la photocopie ou le scanner pour fréquemment regarder vos travaux à la taille finale et tirez-en les conclusions utiles, y compris le fait de passer moins de temps sur certains détails ! Franquin a tenu à faire un véritable travail de gravure pour dessiner sa fameuse série des « Idées Noires », mais très peu de la beauté de ce travail est ressorti à l’impression. Or la finalité d’une BD est la publication, pas l’expo d’originaux.
• La question cruciale du papier. Le papier que vous choisissez parce qu’il vous convient pour vos crayonnés est-il adéquat pour l’encre ? Testez votre encre, est-ce qu’elle s’étale comme sur un buvard ? ou bien les traits formés sont-ils bien lisses ?
• Soit vous créez des crayonnés en bleu clair (ou vert clair) qui ont l’avantage de disparaître à la reproduction (en scannage noir et blanc mode trait ou bitmap, ou bien en photocopie). Soit vous travaillez au crayon de papier et dans ce cas privilégiez un crayon un peu gras, de type 2B qui se gommera facilement. Inversement un crayon trop dur va créer des sillons dans le papier qui vont guider vos encrages malgré vous et … de façon imparfaite.
• Vérifiez que votre encre résiste à vos coups de gomme. Utilisez une gomme mie de pain ou tout autre, mais testez bien sa compatibilité avec votre crayon et votre papier. Si votre encre est trop légère n’hésitez pas la faire s’évaporer un peu dans son flacon. Inversement, un flacon ouvert risque de créer une encre de plus en plus épaisse, ayez un godet où vous rajouterez de l’eau s’il le faut.
• Regardez le truc du dessinateur Jijé, pour éviter le flacon renversé sur la planche (et la crise de nerf qui s’en suit ! ). Dans le même ordre d’idée ayez des buvards, pour les taches, mais aussi pour la transpiration que vous pourriez déposer sur la feuille et altérerait la chimie de la couche qui est en surface de votre feuille (le papier possède une couche de surface, propre à chaque fabricant).
• Afin d’accélérer le séchage et d’éviter ainsi de faire baver un trait encore fraichement créé, le sèche-cheveux aussi, sera un compagnon indispensable, le modèle le moins cher possible car il tombera souvent de votre table à dessin.
• Au moins une feuille de brouillon où vous déposerez le trop plein d’encre, je vous conseille le même papier que celui où vous encrez, car cela vous permettra de tester à la volée vos effets de plumes, feutre ou pinceaux.
J’insiste : même si certains originaux se vendent très cher un jour, le but premier de votre page est une reproduction. Aussi, il n’y a pas à rechercher une quelconque noblesse dans les outils utilisés : au final, la différence d’encre le marqueur et le bic, ou l’encre de chine ou la gouache noire aura disparu. Alors n’hésitez pas à mélanger, à vous servir d’un marqueur à la pointe large pour les grandes surfaces et d’un rotring pour un détail.
Que serait le noir sans le blanc ? Typex, gouache et acrylique blanche seront aussi sur la table. Les planches de la plupart des dessinateurs sont ornées de ces repentirs, de corrections réalisées sur une feuille recollée sur la page. Là aussi ne cherchez pas le blanc parfait : sur du noir, le blanc apparaît toujours bleuté, mais certaines matières ne seront pas assez couvrante.
Certains papiers permettent aussi le grattage, c’est une chance. À utiliser avec précaution car le papier gratté risque de devenir très buvard après sauf pour certains assez difficiles à trouver.
Règles à rebord, « pistolets », seront utilisés si besoin, n’hésitez pas à les surélever avec quelques pièces de 5 cents scotchées en dessous.
Abordez le travail d’encrage d’une façon artisanale, il y a un coup de main à acquérir. Une fois que vous vous sentez en « grâce » continuez à encrer, mais attention à sentir le moment où vos traits vont perdre élégance ou maîtrise, attention aux crampes aussi. N’hésitez pas à garder pour le moment où vous vous sentez au top les détails des visages qui supportent mal l’erreur, et inversement encrez les parties moins importantes quand vous êtes un peu moins sur de vous.
En plus des éléments que je vous propose ici je vous encourage à scanner d’autres images. Vous pouvez partir de photos, c’est un excellent exercice car il vous demandera de l’invention dans le choix des textures et ombres. Partez aussi d’auteurs de bd que vous appréciez, en n’oubliant de reproduire la case que vous reproduisez dans un format plus grand que la page imprimée (200 % au moins).
Une fois l’image scannée, utilisez la fonction Teinte/Saturation de photoshop, cliquez ré-initialiser et modifiez l’image jusqu’à obtenir une teinte légère de bleu.
N’hésitez pas à recommencer plusieurs fois.
Envoyez une sélection de vos essais à l'école. Je vous souhaite beaucoup de plaisir dans la discipline de l’encrage !
Je précise que les exemples que je vous fournis sont tirés de documents personnels pour une unique raison de droits de reproduction.
19 août :
Voici ce qui a été rajouté
puisqu'il s'agit maintenant d'un projet pro voir la réponse à Guillaume du 19 août.
6 encrages demandés, deux d'après photo, deux humoristiques, deux réalistes. Chaque encrage est présenté sur sur une feuille A4 (Même s'il est plus petit qu'une feuille A4, isolez le sur une feuille) et reliez (simplement) les 6 feuilles principales avec les essais à la suite.
Vous pouvez joindre un court texte exposant votre ressenti par rapport à cet exercice, les difficultés rencontrées etc.
Bon Choix !