Samedi 10 mai 2008



N'est-ce pas magnifique ? Hmmm ? Voici la page où les méchants commencent à dérouiller sec (mais quelle idée de se battre contre les vaillants X-Men !) Jim Steranko a soigneusement travaillé cette double page d'action et nous allons voir comment. Mais un peu plus tard, car créer toutes les flêches de mouvement m'a pris du temps ce matin, et le blog time est over... Je vous laisse imaginer la page avec juste ces petites scories, qui, ma foi, sont assez amusantes en l'état et déjà explicites.
par Jean-Paul Aussel publié dans : Analyse BD communauté : les n'auteurs de bd
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Vendredi 9 mai 2008
Pas évident de suivre les blogs et les sites qui nous intéressent, sans y passer un temps pas toujours évident à trouver, et sans non plus rater des articles et infos intéressantes et limitées dans le temps ... Je me suis souvent mordu les lèvres en passant à côté d'une expo ou d'une émission.

Bruno m'a fait connaître ce logiciel —pour macintosh— qui permet de visualiser les nouveaux articles sur une seule page. J'imagine que l'équivalent existe pour PC, n'hésitez pas à ajouter des liens PC dans les commentaires.

NETNEWSWIRE

Merci Bruno.
par Jean-Paul Aussel communauté : les n'auteurs de bd
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Vendredi 9 mai 2008
De la part de mon ami Billy Bob L'autruche, un lien plus qu'intéressant sur tout ce qui touche au crayon et à la bd :
le site
CRAYONS. http://www.crayons.be/index.htm
par Jean-Paul Aussel communauté : La Communauté des BD Blogueurs
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Vendredi 9 mai 2008
Pages 4 et 5.
Et nos héros alors ? Patience, ils sont ici, cliquez sur la tête de Fauve, mais avant leur intervention Jim Steranko va les charger de force —pour ceux qui continue à lire dans le sens occidental, et non Manga— avec un cheminement de notre regard tout à fait astucieux.
Je dois dire qu’après avoir lu le texte de LAURENT QUEYSSI, je suis allé m’acheter pour mon anniversaire le recueil des épisodes de Nick Fury, en anglais, à la librairie album. Steranko a été considéré un moment comme le successeur possible du King, Jack Kirby, mais visiblement il était plus proche d’un David Bowie que d’un Mick Jagger, et cet aspect touche à tout (et ses retards) n’a pas fait l’affaire de Marvel. Quoiqu’il en soit, il composait en double page et ces pages 4/5 en sont vraiment une démonstration (les deux pages précédentes n’étant qu’un seul dessin).




On constate que la voiture a vu une rampe s’abaisser vers elle (comment a-t-elle franchi le ravin, mystère…) et sur la page de gauche pour la dernière fois les méchants occupent le devant de la scène. La page est verte et mauve, rehaussée de jaune, on reste dans l’agressif, à noter que la dernière case présente une gentille qui est transformée en méchante (c’est elle dont il était question en première page). Cette case est incompréhensible sans le texte, de même que la façade gothique qui apparaît à droite (une cité qui cache le repaire complètement science-fiction ?). Visiblement Steranko ne tient pas à s’encombrer avec des détails et trop de repères visuels, il faut que l’histoire avance et vite.
Donc, la dernière case de gauche est mi héros/mi méchants et dès la page de droite les X-Men arrivent  (Ouf !) avec leurs couleurs bleu et rouge, agrémentées d’une pointe de jaune et vert. D’office cette page nous repose des précédentes. Idem, les visages de ces sympathiques élèves du prof Xavier sont en grand, seul Mesmero a été présenté en grand sur la page précédente mais avec un cadrage beaucoup plus serré.

Sur la page de gauche Mesmero par un habile effet de perspective (mais sans décor) est immense par rapport à ses laquais. On retrouve ainsi la composition classique du Moyen-Âge où Jésus (ou le puissant de service) est grand par rapport aux paysans, système d’échelle de valeur qu’utilisent spontanément les enfants. La pose de Mesmero est à nouveau proche de la statuaire antique dans un jeu de courbe et de tension tout à fait réussi et théâtrale, il tient même sa cape par la main gauche. La case avec la génération d’énergie du bas, avec les fameux « Kirby Dots » (les points) charge une nouvelle fois les méchants d’une puissance continue, voir pages précédentes.

Et magistralement Jim Steranko va promener notre regard sur le visage et les mains de Mesmero (Neal Adams l’a dit, le lecteur regarde d’abord les visages et les mains dans un personnages—sous-entendu, pas d’erreur dans ces points là !), ça tombe bien on est dans le sens de la lecture, j’ai placé des points rouges qui correspondent à mon avis aux « accroches » durant la lecture, et la résolution de ce mouvement se poursuit dans la grande case de droite en bas.




Un autre effet de perspective nous fait prendre le poing de Cyclope en pleine tronche, mais c’est uniquement pour nous amener (du gant à sa visière) au rayon qui frappe la porte. Angel nous amène lui l’énergie positive des 4 visages du dessus qu’il transmet avec son aile et son bras, tandis que ses jambes épousent le sens de lecture. Les visages du dessus présentent les héros de façon claire au lecteur qui ne les connaîtraient pas encore, il y a un arc de cercle gracieux avec les yeux et les dents, qui est repris par le chef (dernière case). Les yeux sont la partie qui nous touche le plus dans le visage humain. Les regards sont cleans comparés à celui de Mesmero, à la pupille contractée, jaune, et d’ailleurs, en gros plan, il ne nous présente qu’un seul œil, tel un cyclope monstrueux. Alors que notre cyclope à nous clôt la série des quatre cadres égaux de la page de droite, c’est bien lui le chef, et son regard —yeux totalement noir— ainsi que la phrase qu’il pense et qui pourrait être appliquée à lui-même, tellement son âme est insondable par l’absence de rétines— indique clairement que la réponse à la page de gauche va être puissante.

Là, Steranko, nous montre aussi les différentes étapes d’une action sur une même case : la reconnaissance avec Angel, la direction avec Strange Girl qui court, avant le coup avec l’arc de cercle que décrit Fauve, puis l’impact avec Cyclope. C’est le procédé utilisé par Bruegel dans le fameux tableau de la parabole des aveugles. On peut noter aussi que le rayon de Cyclope passe au dessus des têtes de ses comparses, pas de doute, c’est bien lui le père protecteur, et c’est sous sa puissance que les autres évoluent.

Décidemment cette pauvre porte ne pourra pas résister à tout ce que Steranko a placé contre elle et qui le rayon de Cyclope est chargé bien au delà de son pouvoir de mutant. D’ailleurs, au cas où nous aurions des doutes, la perspective présente l’édifice de biais et la vignette en insert du bâtiment entier nous le montre complètement penché. Enfin, il faut noter la position toute en puissance de « zig-zag » ramassé de Cyclope, ainsi que le bond du Fauve, qui prend toute la force horizontale du bas de la page, à côté les positions théâtrales et statuaires des pages précédentes ne vont pas faire le poids…

Quelle leçon de mise en page ! Je suis impressionné par tout ce que je découvre en analysant ces pages de comics, voilà comment le fond, les histoires d'actions de super-héros est magnifiquement soutenu par la forme bien au-delà des simples muscles et pouvoirs extraordinaires !
par Jean-Paul Aussel publié dans : Analyse BD communauté : Autres Mondes...
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Mercredi 7 mai 2008
Les pages deux et trois n’en font qu’une. A noter que la page a été conçu avec le blanc correspondant à la reliure, au lieu d’une image plein pot qui n’aurait jamais été raccord.
Une certaine forme de respect du lecteur qui lit une bd avec ses impératifs d’impression et n’est pas en face d’un tableau tronqué au milieur.





La composition est très classique et la pose du personnage principal très inspirée de la statuaire grecque ou romaine. Détail, il y a un filet qui entoure la première page mais qui laisse ouvert la page de droite dans son ciel, dégageant de l’espace pour le bâtiment futuriste. Et participant à la rentrée dans un autre monde (à gauche on est dans le récit et à droite on entre dans un univers). Les personnages sont inclus dans la porte d'harmonie.

Le travail sur la typo en relief (Ah, les gens de chez Lug se donnaient du mal pour respecter l’esprit de l’original !) présente une courbe générale à laquelle le bâtiment répond en symétrie. Sinon l’image est séparée par sa médiane horizontale à peu près. Si on prolonge la perspective du mirador les lignes de fuite convergent vers la voiture, on note d’ailleurs que la perspective est fausse dans la mesure où l’on se retrouve avec deux lignes d’horizon. Et c’est un truc utilisé très souvent afin « d’ouvrir » la perspective, de la rendre moins écrasante ou écrasée.

L’image est totalement « composée » sans souci de réalisme, le titre sur les rochers, et cette voiture qui arrive en haut d’une falaise, sans route pour poursuivre ! Un petit salut néo-fasciste, pour qu’on comprenne bien que l’on a affaire à un méchant (vous avez vu le bras de celui qui répond en petit ? Pas raccord avec l’épaule). Les couleurs restent aussi avec les oppositions de complémentaires déjà vu en page une, rouge vert et une bande jaune/blanche au centre, créant un éclairage qui précède la cité des méchants, rouge bien sûr (Hé, en 74, le rouge communiste voulait encore dire quelque chose pour un américain ! )

En tout cas après l’étouffement visuel et narratif de la première page JIM STERANKO nous offre ici une superbe ouverture, la voiture renforce la direction de la lecture, mais de toutes manières nous avons envie de voir ce qui se cache derrière cette citée très Science-Fiction des seventies (voire des pulps américains bien avant). Le personnage rouge occupe une place une dimension qu’on ne verra qu’une seule autre fois dans les pages qui suivent, mais c’est un personnage secondaire, il est masqué et de dos, et le coloriste a d’ailleurs colorié au benday tout le visage. Il n’apportera rien à l’intrigue par lui même, mais il se tient comme une très belle statue au frontispice d’un temple. Et tout dans son mouvement nous indique la puissance maîtrisée mais prête à sévir, les courbes qui le définissent possède ce que mon prof de morphologie aux Beaux-Arts de Paris appelait « les droites qui sous-tendent les courbes ». [Jean-François Debord : il faut sentir la droite qui soutient la courbe].




Le dessin reste très classique avec des influences de Jack Kirby dans les rochers, les bottes, les appareils technologiques. Les ombres montrent que la lumière vient de droite, ce qui est contraire à la source classique de la gauche et contribuent ainsi à l’aspect « autre monde ». (procédé beaucoup utilisé par les surréalistes). L’encrage dégage essentiellement le personnage du premier plan, mais l’ensemble des ombres est délicatement réparti, classique et très bien fait.







Voici aussi un lien français passionnant sur JIM STERANKO, que je viens tout juste de lire. Par LAURENT QUEYSSI.

par Jean-Paul Aussel publié dans : Analyse BD communauté : Autres Mondes...
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