Illustrateur, auteur bd, et formateur, je présente ici des articles sur le dessin et la bande dessinée.
14 Mars 2009
Voilà un petit compte-rendu que je vous avais promis concernant mon entrevue avec Pierre Valls, directeur éditorial des édtions PIKA, lors du dernier festival d'Angoulême 2009.
Étant donné le nombre important des élèves de Lignes et Formations qui sont des passionnés de Mangas à l'intérieur de la section BD, j'avais demandé combien d'auteurs français, et, soyons fous, européens étaient publiés chez Pika, l'année dernière. Trois, m'avait-on répondu et trois m'a-t-on confirmé cette année.
Cette année j'ai été très aimablement reçu par Pierre Valls qui m'en a dit un peu plus. Contrairement à ce que je pensais, les japonais ne bloquent pas l'importation de mangas réalisés dans d'autres pays que le leur, simplement, si vous leur présentez trois ou quatre tomes parus ici, les diffuseurs vont répondre "intéressant, revenez nous voir quand vous en aurez 16". Pour un éditeur français, il est beaucoup plus aisé de publier une série déjà reconnue, le travail de traduction et de reconditionnement ne va pas revenir aussi cher que d'acheter la création complète d'un manga français ou européen. Le Mangaka a déjà été payé une première fois au Japon, il s'agit ici de droits dérivés.
Au passage rappelons qu'un manga en France coûte à peu près le double qu'au Japon et que le succès du genre ne touche pas un public aussi exponentiel qu'on a pu le penser à un moment. Bref, l'auteur français va de voir compter sur un public qui suit déjà X séries et n'a pas fatalement un budget extensible.
Vivre en tant qu'auteur de manga en France est difficile aux dires de Pierre Valls.
Ce que recherche PIKA : impérativement des histoires d'ados qui se passent dans un contexte européen. Réaliser des histoires de samouraï ou d'autres qui mettent en scène la vie quotidienne d'étudiants Japonais est voué à l'échec. Pour Pierre Valls, on raconte les choses que l'on vit, le monde que l'on connait, et non pas le monde que l'on vit par procuration. (même si le jeune auteur est un "fondu" de la culture japonaise, il ne peut rivaliser avec quelqu'un qui vit et partage la culture du Japon). D'autre part il n'y a aucun intérêt commercial à essayer de proposer aux Japonais quelque chose qu'il font très bien eux-même.
Pierre Valls attend donc vos propositions dans ce sens par mail... Et ne répondra qu'aux projets qui l'intéresseront.
Le débat est ouvert, mais trois auteurs c'est très peu et j'invite les élèves qui ne jurent que par le manga à se poser de bonnes questions sur les débouchés d'une stricte vision classique du Manga. Sachant que des auteurs comme Tarquin et d'autres ont su digérer des influences Manga pour créer un style autonome et répondant davantage au marché européen.
Voilà, et désolé pour le retard concernant ce billet.
Cdlt
Jean-Paul Aussel