Illustrateur, auteur bd, et formateur, je présente ici des articles sur le dessin et la bande dessinée.
16 Octobre 2008
Le titre évoque les têtes de chapitres des romans du XIX siècle.
J'ai téléchargé la version complète en évualation de Manga Studio, et je dois avouer que j'ai été assez bluffé par la qualité du trait que l'on obtient avec ce logiciel.
Si je parle du trait en particulier c'est qu'il s'agit d'une des choses les plus difficiles à traiter en informatique.
Je vais être un poil technique pour ceux que ça intéresse, mais si vous avez des liens sur le sujet, j'en serais friand.
Avant le numérique : le trait était shooté sur un film transparent, avec une qualité optique parfaite.
Puis un tirage était effectué en bleu.
Le coloriste réalisait la couleur sur le tirage en bleu clair (il ne travaillait pas sur l'original). Les couleurs étaient tramées MAIS pas le noir, qui restait avec sa qualité optimale. Il y avait en fait deux noirs : un noir sur la couleur, pour certaines parties de teinte sombre, et donc ce noir identique (en réduction) à l'original.
Résultat théorique impeccable, sauf si la prise de vue était déficiente, ou l'impression (trop d'encre = noir empâté)
Je vois notre lecteur de Carpentras qui me demande "mais, diantre, pourquoi la couleur était tramée ?"
Et bien, une couleur non tramée n'est pas reproductible, l'imprimeur ne dispose que des couleurs primaires, pour reconstituer la gamme la plus complète et ceci s'opère par des points plus ou moins petits juxtaposés.
Mais, et c'est important, ces points ne peuvent pas être d'une finesse extrême (sauf avec la trame aléatoire, mais elle n'est pas dominante et nécessite un papier de très bonne qualité).
En clair, la couleur passe à travers un tamis : et quelque que soit la quantité d'information qui passe dans ce tamis, cette information DOIT passer dans les trous.
En super clair : la trame digère du 300 dpi maximum. C'est à dire que si votre image pèse 15 mégas, même si vous la rescanner à une résolution extraordinaire, allez à 1600 dpi, votre image aura strictement la même qualité à la sortie, même si votre fichier pèse maintenant 285 mégas.
Par contre, le noir, le noir au trait, n'a pas besoin d'être tramé lui, puisqu'il n'a pas de niveau de couleur, de gris en l'occurenc...
(vous suivez toujours ?)
Donc, en numérique, pour avoir un noir parfait, on le scanne en bitmap (noir pur, pas "mode gris") et la résolution maximale va être celle de la machine qui sort les films, c'est à dire 2400 dpi.
Le fichier ne sera pas si lourd que ça, car un fichier bitmap ne contient que deux types d'informations : noir ou blanc. Alors qu'un fichier gris c'est 256 possibilités, et un fichier quadri 256 X 4.
En réalité, à 1200 dpi c'est déjà excellent et suffisant, et, comme vous êtes sympas, allez, à 900 dpi et on en parle plus.
Où est le problème me demande Guillaume ?
A ma gauche un fichier à 900 dpi le noir
et à ma droite un fichier couleur à 300 dpi.
Bon, c'est pas grâve, les machines sont puissantes aujourd'hui ? et bien passons le fichier final à 900 dpi, et roulez jeunesse.
Ok, ok, mais une fois passé dans le tamis, notre beau noir.... et bien il passe à 300 dpi, du gris va apparaître sur tous les rebords, le trait va devenir mou, même si votre fichier photoshop est très beau.
Comment retrouver la qualité que l'on avait en traditionnel ?
Il faut en fait avoir un noir bitmap à 900 ou 1200 dpi d'un côté que l'on va associer à un fichier couleur SUR un logiciel de mise en page (indesign par exemple). On peut ensuite créer un fichier pdf qui va avoir un noir de haute qualité mélangé à une couleur à la résolution suffisante.
Voici la différence, à gauche le fichier "hybride" et à droite un fichier standard.
Comme je ne vous affiche pas le PDF, je vous fait une copie d'écran à la taille maximale.
Regardez le noir, la différence est frappante et regardez la couleur, c'est la même dans les deux cas.
Je n'ai pas pu vous montrer d'exemple avec Mangastudio, dans la version d'évaluation, pas d'export possible. Mais ce logiciel semble offrir la possibilité de créer des vrais noirs de qualité bitmap AVEC des avantages de liés aux logiciels vectoriels. Avec illustrator aussi on peut se servir du stylet, mais le résultat est très grossier, ça convient très bien au illustrations de type "dessin fun pour la pub", alors que MS offre, sans que l'ordinateur souffre, une très grande finesse par rapport à la tablette.
Le moteur logiciel qui a créé cette possibilité est donc basé sur un algorythme très très bien pensé. Chapeau messieurs dames...
Voilà, c'était le billet de la semaine.
En vous remerciant de votre attention.
(PS : si cet article vous a fait mal à la tête, je vous assure que je n'ai aucune action chez Aspirine)