Illustrateur, auteur bd, et formateur, je présente ici des articles sur le dessin et la bande dessinée.
7 Mai 2008
Les pages deux et trois n’en font qu’une. A noter que la page a été conçu avec le blanc correspondant à la reliure, au lieu d’une image plein pot qui n’aurait jamais été raccord.
Une certaine forme de respect du lecteur qui lit une bd avec ses impératifs d’impression et n’est pas en face d’un tableau tronqué au milieur.
La composition est très classique et la pose du personnage principal très inspirée de la statuaire grecque ou romaine. Détail, il y a un filet qui entoure la première page mais qui laisse ouvert la page de droite dans son ciel, dégageant de l’espace pour le bâtiment futuriste. Et participant à la rentrée dans un autre monde (à gauche on est dans le récit et à droite on entre dans un univers). Les personnages sont inclus dans la porte d'harmonie.
Le travail sur la typo en relief (Ah, les gens de chez Lug se donnaient du mal pour respecter l’esprit de l’original !) présente une courbe générale à laquelle le bâtiment répond en symétrie. Sinon l’image est séparée par sa médiane horizontale à peu près. Si on prolonge la perspective du mirador les lignes de fuite convergent vers la voiture, on note d’ailleurs que la perspective est fausse dans la mesure où l’on se retrouve avec deux lignes d’horizon. Et c’est un truc utilisé très souvent afin « d’ouvrir » la perspective, de la rendre moins écrasante ou écrasée.
L’image est totalement « composée » sans souci de réalisme, le titre sur les rochers, et cette voiture qui arrive en haut d’une falaise, sans route pour poursuivre ! Un petit salut néo-fasciste, pour qu’on comprenne bien que l’on a affaire à un méchant (vous avez vu le bras de celui qui répond en petit ? Pas raccord avec l’épaule). Les couleurs restent aussi avec les oppositions de complémentaires déjà vu en page une, rouge vert et une bande jaune/blanche au centre, créant un éclairage qui précède la cité des méchants, rouge bien sûr (Hé, en 74, le rouge communiste voulait encore dire quelque chose pour un américain ! )
En tout cas après l’étouffement visuel et narratif de la première page JIM STERANKO nous offre ici une superbe ouverture, la voiture renforce la direction de la lecture, mais de toutes manières nous avons envie de voir ce qui se cache derrière cette citée très Science-Fiction des seventies (voire des pulps américains bien avant). Le personnage rouge occupe une place une dimension qu’on ne verra qu’une seule autre fois dans les pages qui suivent, mais c’est un personnage secondaire, il est masqué et de dos, et le coloriste a d’ailleurs colorié au benday tout le visage. Il n’apportera rien à l’intrigue par lui même, mais il se tient comme une très belle statue au frontispice d’un temple. Et tout dans son mouvement nous indique la puissance maîtrisée mais prête à sévir, les courbes qui le définissent possède ce que mon prof de morphologie aux Beaux-Arts de Paris appelait « les droites qui sous-tendent les courbes ». [Jean-François Debord : il faut sentir la droite qui soutient la courbe].
Le dessin reste très classique avec des influences de Jack Kirby dans les rochers, les bottes, les appareils technologiques. Les ombres montrent que la lumière vient de droite, ce qui est contraire à la source classique de la gauche et contribuent ainsi à l’aspect « autre monde ». (procédé beaucoup utilisé par les surréalistes). L’encrage dégage essentiellement le personnage du premier plan, mais l’ensemble des ombres est délicatement réparti, classique et très bien fait.
