Illustrateur, auteur bd, et formateur, je présente ici des articles sur le dessin et la bande dessinée.
19 Janvier 2008
Je reprends un peu le fil de l'écriture de la saga. Arrivé à ma masse d'éléments dramatiques, après avoir fait lire à différentes personnes, il est apparu qu'il y avait un besoin de ré-organisation et que, si le premier album (en story board) fonctionnait bien, il avait du mal à ne pas être vu que comme une longue introduction aux autres. Il fallait donc arriver à distiller intelligemment, à l'intérieu, des éléments narratifs qui soient des portes sur la suite (sans tomber non plus dans de la pub ou des éléments capilaritractés !). Et que l'album ait sa propre unité. Bref, un véritable ACTE UN.
Sur quatre personnes auxquelles j'ai fait lire l'histoire, l'une d'elle m'a fait des remarques très éclairantes, mais ne se voyait pas collaborer, une autre pareille, avec des avis très intéressants car non attirée par la sf en général. Je finis vraiment par me dire qu'il faut faire très attention aux personnes peu sensibles au monde que l'on veut créer. Parfois ce sont des gens qui ont été dégoûté d'un genre à cause des clichés, ou d'une invraissemblance dans un film très connu. Je crois par exemple que ce n'est pas possible de ne PAS aimer la SF. Par contre je comprends très bien que l'on ne supporte pas Star-Wars. Ou inversement des films comme 2001. Mais fatalement il y a UN film de SF qui existe et qui plaira à cette personne.
Bref, je pense qu'il faut se méfier des spécialistes qui vont zapper sur de grosses lacunes comme par exemple, les effets retors du voyage dans le temps, parce qu'ils ont déjà lu tout Philip K. DIck, etc.
Donc être à l'écoute du simple quidam, ou de la quidamelle !
En fait, plus j'avance vers ma compréhension du métier de conteur, et de ce que je veux réellement écrire comme type d'histoires, plus je désire aller vers un flux tout à fait aisé pour le lecteur. Cela rejoint d'ailleurs l'un des points de vue très intéressant du dernier livre de Scott mc Cloud, sur lequel il faudra que je revienne aussI.
L'année dernière j'ai donc collaboré avec Jean-Claude Maes sur toute l'écriture du premier album, et beaucoup sur la génèse de la planète, des peuples qui y habitent, etc. Cette collaboration a été très riche, et s'est très bien déroulée pendant un moment, puis nos points de vue ont fortement divergé sur justement ce "flow" a avoir, le littéraire désirant beaucoup moins que moi avoir des cases et une narration "évidente". Dans mes premières bd, j'ai demandé souvent pas mal d'efforts aux lecteurs, voix off, cases un peu "subliminales". Aujourd'hui, disons que je veux faire du "Spielberg", celui des "dents de la mer - JAWS" ou de "Rencontre du 3e type". Le genre d'histoire que l'on suit de A à Z en oubliant très vite que c'est ...une histoire. Ça demande en fait beaucoup de travail, et de ne pas surévaluer ce que doit produire le lecteur comme liens, raccourcis, etc. Il s'est aussi passé je pense une certaine opposition entre la narration dessinée et le texte. En fin de compte j'ai décidé d'arrêter la collaboration et de reprendre les éléments depuis le début.
Ce qui m'a amené par exemple a condenser 4 pages où le narratif était très présent, en une seule page de narratif. Toute cette écriture -et ré-écriture- est passionante, au moins autant que le dessin. Je comparerais cela à la composition dans un tableau : un tableau peut être très bien peint , si la composition qui le sous-tend est caduque ou faible, aucune chance pour qu'il "n'impressionne" la rétine dans le bon sens du terme.
En fait je suis à un stade où j'ai vraiment le sentiment que c'est l'album qui s'écrit lui-même en se servant de moi comme stylo : )
Peut-être devrais-je m'inquiéter !!!????!!!