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La Saga d'Holomoon

La Saga d'Holomoon

Le blog de Jean-Paul Aussel, illustrateur, auteur bd, formateur.


252 - Trois illustrations de Grégory Germain sur l'autisme

Publié par Jean-Paul Aussel sur 13 Janvier 2014, 17:51pm

Catégories : #Illustrateurs-trices

Grégory Germain a réalisé trois illustrations autour d'un thème difficile. Je vous invite à suivre sa démarche, certes, il y a du texte à lire, mais même si je ne suis pas fan des explications/justifications, pour une fois celles-ci sont particulièrement intéressantes et j'ai trouvé le travail de Grégory vraiment très sensible. Il n'a pas été possible de présenter le texte ailleurs qu'ici, donc je lui ouvre mon blog le temps d'une parenthèse respectueuse.

Nous vous invitons à suivre sa démarche, car il a accompagné ses illustrations d’un texte intéressant.

Dans ce type de travail, il est très facile de tomber dans le pathos, la sensiblerie excessive, et Grégory a vraiment évité ces pièges. 

Voyons comment Grégory présente son travail, nous espérons que vous l’apprécierez autant que nous.

Présentation du thème

 

Jusque dans les années 1970, les enfants sourds et muets étaient considérés comme handicapés mentaux, à cause de leur manque de communication. L'autisme est une maladie neurologique qui affecte le fonctionnement du cerveau et le système immunitaire. Il altère les capacités de reconnaissance des expressions, des codes sociaux et affectifs. Il génère une hypersensibilité émotionnelle et des troubles du comportement. 37% des français pensent, à tort, que l'autisme est un trouble psychologique et estiment à environ 50 000 personnes concernées, ils sont en réalité près de 650 000. Enfin, 80% des enfants atteints d'autisme en France ne sont pas scolarisés. En 1943, Léon Kanner détecte l'autisme. Il distingue 3 signes caractéristiques qu'il appelle signes cardinaux : -Le retrait autistique, qui se traduit par une extrême solitude et une exclusion de tout ce qui vient de l'extérieur vers l'enfant. -L'immuabilité, c'est un besoin impérieux d'être dans un environnement fixe, immobile, dans lequel les objets doivent garder la même place et où les séquences comportementales doivent toujours se dérouler dans un ordre invariable, sur le modèle de ce que l'enfant a découvert la première fois. Cette caractéristique de la maladie confère à l'enfant une incapacité à communiquer et des réactions massives d'angoisse se font alors sentir. Par ailleurs cette particularité développe chez l'enfant une incroyable mémoire visuelle. -Les mouvements corporels stéréotypés. L'enfant fait des mouvements inhabituels et répétitifs qui l'empêchent de se concentrer sur ses activités (agitation, balancements, grimaces). Ces traits sont partagés par des personnes très différentes et persistent à l'âge adulte.

L’option choisie par l’illustrateur.

Pour ce devoir, j'ai choisi de travailler non pas sur la recherche ou les conséquences de la maladie mais sur le vécu intérieur de l'enfant. Pour cela, je me suis servi de trois livres écrits par des autistes, qui témoignent de leurs ressentis et de leurs visions du monde respectifs. Après un parallèle de leurs trois histoires, j'ai choisi d'illustrer quelques uns de leurs points communs. Il s'agit de Donna Williams ("Si on me touche, je n'existe plus"), Katia Rohde ("L'enfant hérisson") et Hugo Horiot ("L'empereur, c'est moi. ").

 

Illustration 1 - La petite enfance.

"Ma petite maman, qui renonce à son heure de thé, ma pauvre maman, rapide et forte au travail, cherche la victoire sur les aiguilles du hérisson." Kathia Rohde.

 

Sujet : Une chose commune à l'enfance des 3 autistes c'est l'ambigüité entre l'amour de la mère et la peur de l'enfant, et de l'incompréhension mutuelle que cette situation engendre. Cette ambigüité, présente bien avant le diagnostic, donne différents résultats selon l'entourage. Tout d'abord un calme excessif chez certains enfants qui réagissent à l'agression en se murant dans un silence et une solitude extrême, ignorant et fuyant ainsi toute communication. Ou l'inverse, une agitation débordante, faite d'hurlements et de gestes divers, résultante d'un système de défense. Ces deux caractéristiques peuvent parfois se retrouver chez un même enfant, comme pour Hugo Horiot.

Composition :Sur un fond neutre mais structuré se dégage la silhouette d'une mère tenant son enfant dans les bras. Malgré le geste tendre de l'embrassade de la mère, son expression est grave, tout comme l'enfant qui semble apeuré. Situé au creux d'une force centrifuge que représente le bras de la mère, il semble happé dans un tourbillon qu'il ne maîtrise pas et ne comprends pas.

Technique et couleurs : J'ai utilisé ici le collage de papier de textures différentes pour créer plusieurs "couches" et ainsi différencier symboliquement, malgré un matériau commun, le fond, la mère et l'enfant. Le papier des visages est volontairement identique pour montrer l'affiliation des deux personnages. Au niveau des couleurs, j'ai voulu être le plus neutre possible pour montrer l'ambigüité entre le geste et l'ambiance générale qu'il suscite. Ainsi j'ai privilégié des couleurs froides, rappelant la minéralité des statues. Enfin, ceci est également vrai pour le bras et les mains de la mère qui, bien que d'une couleur rouge mais voulue saturée pour casser la chaleur de la teinte, représente pour l'enfant un signe fort d'agressivité. Agressivité que j'appuie par des doigts légèrement crochus. Pour terminer, cette couleur me permet de créer un point d'entrée dans cette image, directement situé dans le vif du sujet : la tourmente.

 

 

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Illustration 2- Les mondes intérieurs.

« J'aime le sable. Quand je regarde juste le sable, avec rien d'autre dans mon champs de vision, je suis dans le désert." Hugo Horiot.

Sujet : Une autre caractéristique commune aux autistes, c'est la manière excessive avec laquelle ils se passionnent pour les choses qui leur suscitent un quelconque intérêt. Une véritable passion les anime jusqu'à leur faire oublier le monde qui les entoure, ses dangers et le temps. Par ce biais, ils se fabriquent un véritable monde intérieur. Ainsi, pour Donna Williams lorsqu'elle s'allonge dans l'herbe, elle ne fait plus qu'un avec le sol, tout comme Hugo Horiot avec le sable. Toutefois, ces intérêts divers sont autant de portes communicantes entre le monde réel et celui de l'autiste pour qui sait les identifier. Il arrive parfois qu'un tiers s'octroie les faveurs de l'autiste, celui-ci se met alors à communiquer avec le monde réel. Ces personnes sont alors appelées ambassadeurs. Ces "excès" d'intérêt se manifestent parfois de manière étonnante. Ainsi, lors d'une banale rédaction d'école sur la musique, Donna rend 26 pages agrémentées d'illustrations et de photographies. De la même manière, à l'insu de son entourage qui la croyait quasiment muette, Katia Rohde apprend l'allemand, le français, l'anglais, l'arabe et acquiert des notions d'italien, de russe, de latin et même de souahéli. Composition : Un enfant accroupi observe avec intérêt les mouvements d'un papillon. Il est au milieu d'un bois, les troncs jaillissant comme des doigts, l'enfant est au creux d'un monde qui lui échappe. Seul les battements d'ailes semblent exister pour lui, au point de s'imaginer en posséder lui-même. Il s'est cristallisé un monde autour de l'insecte et ils ne font désormais plus qu'un.

Technique et couleurs :j'avais ici envie de montrer l'existence de deux mondes dans un seul, encore une fois le collage me semblait approprié. J'ai utilisé deux feuilles d'une même fabrication, bien que différentes dans leur composition. Pour représenter le monde réel, j'en ai fait "vieillir" une en la trempant dans une infusion de thé. J'ai ensuite découpé les silhouettes de l'enfant et du papillon et je l'ai collé sur la feuille blanche non traitée, j'ai ainsi pu créer une brèche dans le monde réel et évoquer celui de l'autiste, plus pur et coloré. Enfin j'ai simplement réalisé un dessin au graphite pour relier les deux mondes. J'ai choisi la saison de l'automne pour illustrer mon propos, j'aurais tout aussi bien pu en prendre une autre, même si les teintes quasi monochromes de cette saison me semblaient évidentes dès le départ. Le feuillage alentour est réalisé au lavis noir et bistre.

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Illustration 3 :

 Les mille visages. "Julien, tu ne sais pas de quoi Hugo est capable" Hugo Horiot.

Sujet : Bien que renfermé la plupart du temps dans son monde intérieur, l'autiste grandit et se doit de communiquer un minimum avec le monde réel.

Pour cela et dans la plupart des cas, il s'invente des personnages qui communiquent pour lui. Dans le cas d'Hugo, qui en réalité a été baptisé Julien, il était en compétition permanente avec ce prénom (et donc ce personnage public) qu'était Julien. Son salut ne passerait que par la mise à mort de celui-ci. Alors que Katia, elle, se métamorphose en hérisson, Donna exploite cette manière de communiquer à outrance, se fabriquant toute une galerie de personnages représentatifs de ses humeurs, ses envies, tels que Willie (le sauvage et sa carapace en toutes circonstances) et Carol, "personnage raisonnablement acceptable socialement", gaie, enjouée et souriante.

Composition :Une photo de classe dans un parc. Il fait soleil. Les enfants sourient et posent sagement. Au milieu trône un enfant pas comme les autres, il porte plusieurs masques, à la façon d'un totem. Bien que chacun d'entre eux soit représentatif d'une expression, ils semblent vides et contrastent avec les visages, la complicité et les sourires des autres enfants. Je voulais une scène banale de l'enfance comme on la connait tous. Une scène qui puisse parler à tous et qui tranche avec le vécu d'un enfant autiste, sans en avoir réellement l'air.

Technique et couleurs : J'ai utilisé ici une technique plus classique, un dessin au graphite avec une mise en couleur à l'aquarelle, gouache, lavis et quelques touches de pastel. J'ai volontairement voulu que cette dernière illustration soit plus narrative pour qu'elle puisse s'inscrire dans un projet d'écriture sur lequel je travaille : l'enfant totem, l'histoire d'une enfant autiste, indépendante et farouche, qui part à la recherche de la seule personne avec laquelle elle communiquait et qui a disparu. Ce thème de l'enfant totem m'a surtout été inspiré par Donna Williams dont l'histoire m'a donné l'envie de travailler sur l'autisme pour ce devoir et sur ce projet d'écriture. Parfaitement épanouie aujourd'hui elle tient un site internet des plus intéressants : donnawilliams.net. On pourrait penser que tous les espoirs sont permis lorsqu'on lit l'histoire de ces 3 personnes, mais ce serait occulter les difficultés de la majorité d'entre eux et notamment en France les problèmes d'infrastructures et de prise en charge. En témoigne le film de Sandrine Bonnaire sur l'histoire de sa sœur, Sabine, définitivement handicapée par la surmédication.

 

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Commenter cet article

gregory 16/01/2014 15:42

Merci pour votre enthousiasme, c'est encourageant, je suis content d'avoir réussi à faire passer les quelques émotions qui m'ont animé lors de la réalisation de ce devoir. Pour facebook c'est en
effet un bon moyen de partage et d'échange et cela offre une bonne visibilité, je vous laisse le lien de ma page. C''est une page libre ce qui signifie qu'il ne vous est pas nécessaire d'avoir un
compte pour la visiter... Par contre vous risquez de voir quelques ébauches de devoirs avant qu'ils ne vous arrivent ;)
A bientôt.
www.facebook.com/dessinsentousgenres

Jean-Paul Aussel 16/01/2014 15:53



Ok, merci


 


je peux mettre votre adresse facebook dans l'article ???


 


par contre, sur votre page, ne mettez jamais les devoirs écrits svp.


 


à plus


 


Jean-Paul


 



Anne-Dominique 15/01/2014 12:08

Merci Jean-Paul de nous faire partager ce magnifique travail de Gregory Germain,
et chapeau beau à cet artiste qui nous fait entrer dans son écoute des autres avec une grande sensibilité.
Belle année à tous les deux,
Anne-Dominique

Jean-Paul Aussel 16/01/2014 15:52



Bonjour Anne-Dominique


 


bonne année à vous aussi, et, c'est vrai ça aurait été dommage de ne pas publier ce beau travail sensible.


 


bons dessins



gregory 14/01/2014 08:13

Whaaaa! Merci! je relaie ça tout de suite sur ma page facebook!

Jean-Paul Aussel 14/01/2014 10:19



Tant mieux que cela vous plaise, ça aurait vraiment été dommage que ça ne soit pas publié non ?. Je pense finir par passer sur FB aussi. D'ailleurs, si vous voulez mettre votre adresse ici, dans
un commentaire pas de problème.



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